À propos d’une dissolution, et d’une acceptation

, par Sébastien Fontenelle

1. Le scandaleux décret de dissolution du CCIF a tout de même ceci d’intéressant qu’il nous rappelle à point nommé que les pouvoirs publics peuvent très facilement et très rapidement agir contre les structures qui « soit provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence ».

2. CNews, par exemple, diffuse régulièrement une émission dans laquelle intervient un éditorialiste adepte de la fantasmagorie complotiste du « grand remplacement » et plusieurs fois condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse, qui profite de cette tribune pour vitupérer contre des personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

3. Cette chaîne peut donc être regardée comme partageant, cautionnant et contribuant à propager de telles idées, au risque de susciter, en retour, des actes de haine, de violence ou de discrimination - voire de créer le terreau d’actions violentes chez certains de ses téléspectateurs : le Conseil supérieur de l’audiovisuel l’a d’ailleurs mise en demeure, en 2019, de respecter ses obligations en matière d’ « incitation à la haine ou à la violence » à la suite de la diffusion de propos de cet éditorialiste sur l’islam et la guerre d’Algérie.

4. Sous couvert d’informer, CNews distille par conséquent un message mettant en cause des migrants et des personnes de confession musulmane - l’éditorialiste en question n’hésitant pas, dans certains cas, à travestir la vérité pour accréditer dans l’opinion publique un soupçon permanent de nature à attiser la haine ou la discrimination.

5. Cette chaîne a ainsi diffusé, le 29 septembre 2020, des propos qualifiant les migrants mineurs de « voleurs », d’« assassins » et de « violeurs » : le parquet de Paris, saisi par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, a ouvert après cette diffusion une enquête pour « provocation à la haine raciale » et « injures publiques à caractère raciste ».

6. CNews, en dépit de ces avertissements répétés, a de nouveau diffusé le 24 novembre 2020 une émission durant laquelle le même éditorialiste plusieurs fois condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse a encore déclaré : « Les migrants n’ont rien à faire en France. C’est avec notre argent qu’on finance notre invasion. »

7. Ces émissions de CNews génèrent, sur ses comptes ouverts sur les réseaux sociaux, des commentaires de téléspectateurs et d’internautes diffusant des propos complotistes, ou encore hostiles aux migrants - sans que cette chaîne ne procède à leur retrait.

8. CNews, cependant, n’a toujours pas été sanctionnée par un gouvernement qui, lorsqu’il n’est pas occupé à prononcer la dissolution d’une association antiraciste tout en psalmodiant que « la France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme », accepte donc parfaitement la propagation d’idées ou de théories tendant à justifier ou à encourager les discriminations.